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Vidéo : Musulmans et juifs : si loin, si proches – A regarder sur Buzzfeuj


Un passionnant documentaire retrace quatorze siècles de relations entre les deux religions (mardi 28 juillet à 20 h 55 sur Arte).

C’est un calcul qui ne répond pas aux lois habituelles de l’arithmétique et qui donne comme une sorte de vertige. A l’histoire des relations entre juifs et musulmans, il suffirait de soustraire un siècle, un seul, le dernier, aux quatorze d’histoire commune, pour inverser presque totalement le récit. Ne resterait alors que les mille trois cents ans de voisinage, pas toujours idylliques, ponctués même de guerres et imbibés de sang, mais treize siècles à partager les mêmes terres, la même langue, certains rites, certaines bribes de prières.

Treize siècles à vivre ensemble en tout cas, côte à côte, souvent en symbiose, à ne jamais connaître de conflits irréparables. Et puis cent ans pour tout détruire, pour devenir ennemis irréductibles, au point que toute réconciliation semble aujourd’hui impossible.

 

Sans préjugés ni partis pris

C’est pourtant à une forme de raccommodage que nous convie « Juifs et musulmans : si loin, si proches », série documentaire qui recoud ce siècle avec les treize qui l’ont précédé. Sans préjugés ni partis pris, pour mieux le cerner et le comprendre. Pour rappeler, sous la lumière crue de l’histoire, que juifs et musulmans ne naissent pas pour se détester. En respectant l’ordre chronologique, de 610 à nos jours, « Si loin, si proches » contribue pour commencer à redonner une place plus juste aux événements, et permet de ne « pas tout juger à travers le seul prisme du conflit israélo-palestinien », selon les propos mêmes de Karim Miské, le réalisateur.

La rigueur des faits. Et le contrepoids onirique des images. Le cocktail est inédit : « Juifs et musulmans : si loin, si proches » se regarde à la fois comme un documentaire et comme un long-métrage d’animation. Au total, pas moins de soixante-dix minutes de dessins animés, signés Jean-Jacques Prunès, spécialiste des illustrations et animations pour enfants, réalisateur notamment des « Histoires comme ça », de Kipling, ou du « Cheval Soleil » (adaptation du roman éponyme d’Anne Labbé). Jean-Jacques Prunès a posé son trait épuré mais fort, sobre et pourtant épique, ses pastels et ses éclaboussures vermillon comme un symbole sur les quatorze siècles de relations entre juifs et musulmans, de Médine à Paris en passant par Cordoue, Alger et Jérusalem. Quand l’histoire devient contemporaine, au quatrième chapitre, les dessins s’estompent naturellement mais ne disparaissent pas. Ils laissent aux archives, aux films et photographies d’époque la barre du témoin principal. En retrait, ils suggèrent les déchirements et font écho à la violence du réel.

Comme une boucle, ils renvoient aux origines, au premier chapitre de l’histoire (610-721). Dans la société préislamique, « l’appartenance religieuse compte peu », précise Michael Mumisa, de l’université de Cambridge. « Les juifs sont alors des Arabes comme les autres. » « Juifs et Arabes partagent la même philosophie, les mêmes croyances, écrivent les mêmes poèmes, ajoute Tudor Parfitt, de l’Ecole des études orientales et africaines de Londres. Ils ont des idéaux communs. Par exemple, ils croient aux vertus masculines de la guerre et de l’équitation. Les deux communautés pratiquent l’agriculture dans les oasis et le commerce inter-oasis. »

« Repli communautaire »

Le judaïsme va évidemment beaucoup influencer l’islam naissant. A son apogée, c’est l’islam qui inspirera un nouveau judaïsme. Il y aura encore des massacres, comme celui des juifs de Grenade, en 1066 ; des combats menés côte à côte, comme contre les soldats du Christ à Jérusalem ; la nostalgie partagée de l’Andalousie qui irriguera longtemps les musiques et les chants des deux communautés de l’autre côté de la Méditerranée.

Sur les aquarelles de Jean-Jacques Prunès et l’histoire qui déroule son grand ruban, une trentaine d’intervenants internationaux posent leurs lettres d’experts. Juif ou musulman, peu importe : chacun a une raison de se sentir concerné.

Technique, le verbe se fait plus personnel, l’intime et l’émotion affleurent à mesure que l’histoire se rapproche. « Il est important de mettre des mots là-dessus, surtout face au repli communautaire », relève Kamal Hachkar, réalisateur de Tinghir-Jérusalem, les échos du mellah, film de 2011 qui retrace la quête des juifs disparus du village marocain de ses ancêtres.

Le dernier chapitre du documentaire de Karim Miské ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir d’une réconciliation prochaine. Sous les dessins et derrière les mots, on jurerait pourtant avoir entrevu l’ombre d’un raccommodage possible. Ce serait déjà ça.

Article Paru Dans Le Monde

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